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Histoire de la Mère Maury

Les ravioles : une histoire romanaise

 

Parler de la raviole du pays de Romans, c’est d’abord en rappeler les caractères originaux : un petit carré de pâte fine renfermant une farce composée de tomme, oeufs, comté, persil revenu dans le beurre. Pour en apprécier toute la saveur, et rester fidèle aux traditions de notre terroir, les ravioles doivent être pochées dans un bouillon de poule ; tout autre accommodement ne peut que masquer la délicate saveur de la farce.

Les ravioles, dont les origines sont à rechercher dans les cuisines antique et médiévale, sont vendues par « grosse » (144 ravioles). Cette manière de compter, utilisant le système duodécimal, est antérieure à la diffusion du système décimal dans la première moitié du XIXe, ce qui confirme l'ancienneté de la présence de ce plat dans le pays de Romans.

Au XIXe et au début du XXe, les ravioles étaient d’abord consommées lors des fêtes familiales et confectionnées, à cette occasion, par des « ravioleuses » qui se déplaçaient de maisons en maisons. Des ravioles également lors des fêtes populaires ou traditionnelles comme les « vogues ». A l’automne 1901, l’hebdomadaire romanais, L’Impartial, annonçait ainsi la « grande vogue » à Vernaison, quartier de Châteauneuf-sur-Isère, le dimanche 15 et lundi 16 septembre : « jeux et amusements divers, grand bal avec brillant orchestre, lundi à une heure, grand banquet avec ravioles ». Le choix actuel d’une fête de la raviole à la mi-septembre reprend donc un calendrier festif traditionnel. A Romans et Bourg-de-Péage, on allait aussi manger quelques grosses de ravioles, entre amis, à cinq ou sept heures du soir dans les cafés des deux cités.

 

Au début du XXe, l’un d’eux est tenu par Marie-Louise Maury. Elle est la fille de Jules Gélibert et de Julie Arnaud, et naquit à Bourg-de-Péage en 1863. Quelques années plus tard, son père vient à Romans, achète une maison en face de l’Hôtel de ville et ouvre un café. Jules Gélibert développe son commerce avec beaucoup de liberté, ce qui lui crée quelques ennuis avec la police : « le 28 février 1881 dernier, procès-verbal fut dressé contre le nommé Gélibert pour avoir gardé des consommateurs après l'heure prescrite par les règlements » . Marie-Louise est élevée dans cette ambiance conviviale. En 1885, elle épouse Annet Maury. L'activité du café se développe avec l'arrivée du 75è R.I. à Romans, en 1889, et la vie musicale autour du kiosque, inaugurée en 1888 et situé devant le café. Après le décès de sa mère, puis de son père en 1894, Marie-Louise hérite du café qu’elle tient avec son mari et commence certainement à proposer des ravioles à ses clients.

En 1901, la Banque de France est édifiée et Annet profite de l’opportunité pour faire construire, à côté, « le Café de la Banque – Maury » . Il meurt trois ans plus tard, Marie-Louise, femme énergique et avisée, se retrouve à la tête de l’établissement qu’elle sait intelligemment promouvoir, notamment grâce à la « réclame » dans la presse locale. En 1928, à l'âge de 65 ans, elle se retire dans sa maison, à l'angle de la rue du Fuseau et de la rue Puits-du-Cheval. Elle continue cependant à fabriquer des ravioles, aidée par son petit-fils, Maurice Donnadieu qui note dans ses mémoires : « à l'époque, on déposait encore la farce au couteau, j'étais apprenti pâtissier et j'ai eu l'idée de me servir d'une poche de pâtissier ; lorsque nous travaillions fort, nous faisions dix grosses à l'heure ». Marie-Louise Maury décède en janvier 1941.

Dans les années 1910 - 1920, pour les Romanais, les ravioles sont aussi associées à d’autres figures locales comme madame Fayet qui tient un café place Ernest Gailly et confectionne des ravioles à la main, à son domicile, place aux Herbes. A ses côtés, un jeune apprenti, Emile Truchet apprend le métier. Au début des années 1930, Emile ouvre son café-restaurant, place Jacquemart, et propose, à également à sa clientèle des ravioles. A date fixe, s’arrête dans l’établissement, un italien, chanteur ambulant qui joue de l’accordéon. Emile se prend d’amitié pour son visiteur qui l’invite à venir voir la fabrication mécanique des pâtes italiennes : c’est ainsi que la première machine à ravioles est conçue, sur un modèle italien, par des artisans péageois. En 1935, Truchet présente la première fabrication mécanique de ravioles aux journalistes, parmi lesquels Jeanne et Paul Deval ; cela lui permet de répondre à la demande croissante de la part des consommateurs.

Après la Seconde guerre mondiale, la raviole du pays de Romans se retrouve sur toutes les bonnes tables. Dans les années 1980, elle quitte définitivement la sphère de l’artisanat et du terroir pour devenir un produit industriel à la fois standardisé et diversifié.